11 septembre 1974 à Madagascar. J’y passe mes huit premières années, méditant à regret le secret de l'inévitable blessure d'enfance, jusqu’à ce que mes parents
s’installent à Djibouti. Nous habitons dans l’enceinte du Centre Protestant Evangélique, dont mon père devient le Directeur technique. Ma mère en dirige l’école de secrétariat. J’apprends la
langue française essentiellement dans les livres et sur les bancs de l’école primaire. Car pour ce qui concerne les cours de récréation, les jardins, les chambres, les lieux où enfants et adultes
se retrouvent dans le dessein plus ou moins délibéré de communiquer, j’ai développé de belles aptitudes au mutisme et à la solitude et, à la limite, aux amitiés exclusives. Je mène une vie
d’église exemplaire, entre l’étude biblique, les cultes du vendredi soir et la prière. A treize ans, je comprends que l’écriture sera ma plus intarissable source de paix, de
joie et d’épanouissement.
Un épanouissement qui germine l’année de mes quinze ans, à l’occasion de notre départ en France, pays dont je suis résolue à faire le décor de mes livres à venir. L’enchantement, le
désenchantement sont tels que je les conjecturai : décisifs. L’œuvre complète de Charles Baudelaire sera mon principal viatique. Cependant, n’ayant rien à écrire que mon banal et terrible
mal de vivre, je consacre les années suivantes à des tentatives d’écriture en prose hermétique d’une part, et d’autre part à l’étude de la Littérature. Je suis inscrite en Hypokhâgne au
lycée Claude Debussy à Saint-Germain en Laye. Je déserte la Khâgne pour m’égayer à l’Université de Nanterre. Je valide ma maîtrise par un mémoire sur le thème du Secret dans les dialogues de Paul
Valéry. La vie d’étudiant, avec le dérèglement contrôlé qui s’ensuit, me donne enfin l’idée de mon premier roman. Jusqu’en 1998, je lis tout ce qui se rapporte à mon sujet, mais aussi tout ce qui
me permet d’affiner, d’approfondir et de contréprouver ma vision du monde. Je perds la foi en Dieu. La découverte conjointe des Particules élémentaires de Michel Houellebecq et des
Versets sataniques de Salman Rushdie me confortent idéalement dans mon projet d’un livre qui prospecte au-delà des iridescences de ma problématique personnalité. C’est à ces lectures et
à l’élaboration de mon livre que je consacre mon année de DEA. Une fois que j’ai raté l’Agrégation, je commence la rédaction du Stupéfiant. Une fois que, par accident, m’étant présentée
en candidate libre, je suis reçue au CAPES, je tente d’enseigner en Alsace, au collège de Bischeim. Il me faut deux semaines pour apercevoir que l’enseignement ne me permettra pas d’écrire, du
moins pas dans les conditions requises par un roman tel que celui que j’ambitionne d’achever. Je me coupe les veines, et je rentre à Paris, chez mes parents.
De 1999 à 2002, j’écris à plein temps. Le Stupéfiant fera, dans sa première version, quatre-cents pages. Pour les éditions Le Dilettante, « l’histoire manque de
dynanisme… »
En 2002, l’idée de mon second roman, Tota Gratia, séduit l’éditeur Christian Van Den Bussche, des défuntes éditions Reconnaissance. Une nouvelle période de documentation commence,
essentiellement dans le domaine théologique. Epoque au cours de laquelle je publie des âneries sur Internet, et prends, immédiatement, la mesure de la responsabilité qu’implique la
publicité de ce que l'on écrit. Je n'en traverse pas moins quelques années assez futiles d’intense pseudonymat qui s'achèvent, au bout du compte, par un retour aux sources. Les
nécessités logiques et poétiques de mon récit en gestation ont raison de ma désinvolture libertaire, de mon athéisme de potache et, trois ans plus tard, de mon goût pour la marginalité assistée.
En 2003, un séjour à Madagascar après dix-neuf ans d’absence, puis une expérience de chanteuse auprès de l’artiste malgache Tselonina, sans oublier l’influence de Naivo Rahamefy, mon père,
me conduisent à interroger mes racines et à créer, pour la première fois, des personnages romanesques d’origine malgache. En 2005, je prends le métier alimentaire qui me
permet d'écrire entre 5 et 7 heures du matin et entre 6 et 10 heures du soir. Je parle à
nouveau ma langue maternelle.
Le Stupéfiant a été, et sera encore l’objet de refontes, entre deux moments de recherche d’éditeur. Jusqu’à
l’issue la meilleure, que nul ne peut prévoir.
Tota Gratia est toujours en cours d’écriture.
Je me nourris de l’œuvre de Fedor Dostoïevski, de Charles Baudelaire, de William Faulkner. Je trouve mon inspiration dans la Bible. Je voue une admiration sans borne aux créateurs
de mythe que sont Sophocle, Jean Racine et William Shakespeare. Quelques grands romanciers, Miguel de Cervantès, Marcel Proust, Frantz Kafka, et, dans une moindre mesure, Don DeLillo ont jalonné
ma réflexion et attisé ma prédilection pour la forme romanesque. Je suis irréparablement influencée par la musique de Louis Ferdinand Céline, de Jack Kerouak et de Henry Miller. Je reste
sensible aux accents d’enfance intraitable restitués par des premiers de la classe en matière de style, tels que Arthur Rimbaud, Bret Easton Ellis et Ludovic Bablon.
Ecrire est un calvaire autant qu'une nécessité. Je fais mienne la dernière phrase du Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos, phrase elle-même inspirée de Thérèse de
Lisieux.
« Tout est grâce. »