La Vraie vie
 
(Nouvelle, 1999)
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Assez.

Je ferme les yeux. C'est ainsi que je prends l'avantage sur vous. C'est par cette abdication stratégique que je maîtrise enfin notre bref et violent rapport de force. Et je vous jette mon mépris au visage en cet instant, en ces minutes chaotiques qui nous ont assis face à face, dans ce wagon surpeuplé, entre Cambronne et Passy, moi qui suis torturé par le début d'un livre à écrire, et vous l'inconnue, posée là par hasard, frénétique, hystérique, déchaînée, prête à toutes les grimaces ineptes, à toutes les simagrées transparentes pour ne pas croiser mon regard.

Je vous domine, mais cela ne m'arrange pas. J'ai beau me caler maintenant contre la vitre et m'enfoncer dans le noir de mes yeux bien fermés, renonçant à l'étude de l'indigénat bigarré qui s'était offert une fois de plus à ma curiosité d'artiste, y renonçant ce soir pour la raison que vous me gâtez la vue, rien n'y fait. J'ai beau rentrer en moi-même, disais-je, je reçois de votre part des signaux que, dans votre ingénuité, vous envoyez tous azimuts. Pour des raisons que je donnerai dans la sixième section de cet opuscule, je suis dangereusement sensible aux pensées semi-conscientes que les oiselles de votre espèce émettent, sans parler des sommets que vous atteignez, vous en particulier, dans votre crasseuse ignorance de ce que peut provoquer la fameuse seconde force universelle, dans l'ignorance la plus crasse des effets pervers de ce que vous ne savez pas être la force électromagnétique. Je perçois vos signaux malgré les barrières autarciques de ma vie intérieure, comme autant de bip-bip émanant du capriné sous analgésique que vous êtes, vous dont je devine par dessus le marché le tempérament rustique et volontaire, pour mon plus grand désagrément.



Cette nouvelle, libre de droits, est signée Andria E. Malala
Elle est disponible dans son intégralité en 
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